Édito par Céline Pulcini



Pr Céline Pulcini

Cheffe de projet national à l’antibiorésistance
au ministère des Solidarités et de la Santé

La Feuille de route interministérielle pour la maîtrise de l’antibiorésistance, publiée en 2016, comporte 40 actions, dans une perspective « Une seule santé » (« One Health » approche globale prônée par l’OMS – l‘Organisation Mondiale de la Santé – et l’OIE – l’Organisation mondiale de la santé animale). Elle mobilise sept ministères et de nombreuses agences et instances nationales. Pour le volet santé humaine, un rapport annuel synthétisant les actions menées est publié tous les ans depuis 2019. Un document court, disponible en français et en anglais et résumant quelques mesures innovantes, paraît également tous les ans depuis 2019 au mois de mai, lors de l’Assemblée mondiale de la Santé de l’OMS. Tous ces documents sont téléchargeables sur l’espace antibiotiques.gouv.fr du site du ministère des Solidarités et de la Santé.

De nombreuses actions sont menées pour la prévention et le contrôle des infections, notamment associées aux soins, ainsi que le bon usage des antibiotiques. La dimension recherche n’est pas en reste, avec la participation de la France aux programmes de recherche européens comme le JPIAMR et la présence d’un Programme prioritaire de recherche (PPR) national dédié à l’antibiorésistance, doté de 40 millions d’euros sur 10 ans.

Concernant le volet Innovation (nouveaux produits luttant contre l’antibiorésistance), un Contrat stratégique de filière des industries de santé dédié à l’antibiorésistance permet d’échanger sur ce sujet entre industriels et pouvoirs publics depuis février 2019. La Stratégie pharmaceutique de l’Union européenne, publiée en novembre 2020, inclut également le sujet des nouveaux antibiotiques dans son programme de travail.

Toutes ces activités recherche et innovation en lien avec la thématique de l’antibiorésistance bénéficient désormais d’une large visibilité au sein de cette interface nationale Antibiorésistance coordonnée par l’Inserm, et je m’en réjouis.

La France est également engagée pour garantir la disponibilité des antibiotiques existants essentiels. Le ministère des Solidarités et de la Santé coordonne depuis 2019 une feuille de route visant à lutter contre les pénuries de médicaments, dont les antibiotiques. Lancé en novembre 2020 pour une durée de trois ans, le Programme d’appui à la réforme structurelle (PARS) marque également l’engagement du Gouvernement français pour assurer la disponibilité des antibiotiques. Ce PARS est un projet cofinancé par l’Union européenne et vise une approche « Une seule santé » ou « One Health », en santé humaine, santé animale et environnement. L’objectif du projet est d’identifier et de mettre en œuvre en France des mesures pilotes pour s’attaquer aux causes profondes du problème de pénurie et de manque de disponibilité des antibiotiques utilisés en médecines humaine et vétérinaire dont le brevet est tombé dans le domaine public, tout en protégeant l’environnement et en tenant compte des contextes réglementaires européen et national.

La direction générale de l’appui aux réformes structurelles de la Commission européenne (DG REFORM) et l’OMS apporteront leur assistance technique au Gouvernement français avec la participation de cinq ministères et de deux agences nationales. Le sujet des pénuries de médicaments va également être discuté dans le cadre de la Stratégie pharmaceutique de l’Union européenne.

Toutes les actions menées depuis de nombreuses années par les pouvoirs publics et les acteurs de terrain pour lutter contre l’antibiorésistance semblent commencer à porter leurs fruits en France, avec une tendance récente à la baisse des consommations d’antibiotiques et de certaines résistances bactériennes en ville et en établissements de santé pour la santé humaine et une réduction nette des usages antibiotiques et de l’antibiorésistance en santé animale. Ces efforts nécessitent cependant d’être poursuivis et intensifiés. L’interface nationale antibiorésistance sera, j’en suis convaincue, un formidable outil pour faciliter l’accès à l’information et les collaborations en recherche sur la thématique de l’antibiorésistance.

Lutter contre l’antibiorésistance nécessite l’implication de tous et j’espère pouvoir compter sur votre engagement et votre mobilisation.

Editoriaux précédents : consultez l’éditorial d’Evelyne JOUVIN-MARCHE ici.